L’aspiration à une agriculture durable qui produise des aliments sains avec le moins possible d’effets néfastes pour l’environnement est largement partagée. Les avis divergent toutefois quant à la manière de se rapprocher de cet objectif. Les deux initiatives agricoles proposaient de le faire en restreignant massivement les moyens d’action de l’agriculture en matière de protection des végétaux.
Dans un premier temps, les objectifs des initiants ont trouvé un écho plutôt favorable dans la population. Mais plus la date de la votation approchait, plus les effets négatifs massifs de ces textes agricoles devenaient évidents aux yeux du plus grand nombre, ainsi que de nombreux effets secondaires que les initiants n’avaient manifestement pas bien pris en compte. Ces deux initiatives auraient eu des répercussions négatives sur la productivité agricole nationale, avec à la clé une hausse des prix et des importations. Dans divers domaines, les conséquences écologiques positives espérées se seraient transformées en leur contraire, puisque l’inévitable transfert de la production à l’étranger aurait entraîné au bout du compte une plus forte pollution de l’environnement. L’initiative sur l’eau potable aurait également rendu la protection des plantes plus difficile, voire impossible pour de nombreux agriculteurs bio, qui dépendent aussi de l’efficacité de produits phytosanitaires. Les exigences totalement irréalistes de l’initiative sur l’eau potable, telle que l’interdiction d’acheter du fourrage, montrent en outre que les initiants n’ont pratiquement aucune idée de la réalité agricole et qu’ils ont ainsi mis en danger l’existence de nombreuses exploitations agricoles avec le texte qu’ils proposaient.
Un engagement intense du secteur agricole a clairement montré à la population à quel point ces initiatives extrêmes menaçaient l’agriculture de production locale. Il n’y avait pratiquement aucune ferme qui n’arborait pas les affiches « 2 x Non ». Cette décision d’avenir a contribué à un taux de participation exceptionnellement élevé de près de 60 %. Et le verdict a été d’une rare unanimité dans toute la Suisse : dans tous les cantons, à l’exception du demi-canton de Bâle-Ville, les deux initiatives ont été rejetées. L’initiative sur l’eau potable a recueilli 39,3 % de votes favorables, et celle sur les pesticides 39,4 %. Si l’on examine les résultats au niveau communal, on constate que les initiatives n’ont trouvé de majorité que dans les grandes villes — dans des cercles politiquement engagés, mais qui n’ont pratiquement plus de contact direct avec l’agriculture et les paysans, ni de compréhension pour leur quotidien. Il y a manifestement ici un grand besoin d’échanges mutuels. Bien que la campagne ait été parfois acharnée, elle a néanmoins incité beaucoup de gens à se pencher plus sérieusement sur l’agriculture, ses problèmes et ses préoccupations.
Même sans ces initiatives extrêmes, l’agriculture s’oriente de plus en plus vers la durabilité depuis des années, y compris dans le domaine de la protection des végétaux. On répond ainsi aux souhaits des consommatrices et des consommateurs. Ainsi, l’utilisation de substances actives exclusivement autorisées pour l’agriculture conventionnelle a reculé de plus de 40 % entre 2008 et 2019. Parallèlement, la quantité vendue de produits phytosanitaires bio a nettement augmenté sur cette même période.
En 2017, le Conseil fédéral a lancé, avec le Plan d’action Produits phytosanitaires, tout un ensemble de mesures visant à réduire davantage les risques potentiels. Il s’agit de tenir compte des trois objectifs : protection de l’être humain, protection de l’environnement et protection des cultures. En avril 2021, le Conseil fédéral a en outre mis en discussion un plan de mesures pour une eau propre qui, par de nouvelles dispositions légales, vise à renforcer la protection de l’environnement et des eaux contre les effets négatifs de l’utilisation de produits phytosanitaires et de biocides, ainsi que contre les excédents de nutriments. Une sélection accélérée de variétés résistantes aux maladies, base de la protection intégrée des cultures, pourrait également contribuer de plus en plus à la réduction des besoins en produits phytosanitaires, à condition que des bases légales adaptées à la pratique soient élaborées pour des procédés de sélection innovants, comme l’édition génomique.
L’agriculture suisse a réagi avec soulagement aux résultats de la votation populaire. Une production paysanne locale, à la fois durable et productive, reste ainsi possible en Suisse à l’avenir. La voie déjà engagée répond également aux préoccupations de nombreux votants qui se sont prononcés en faveur des initiatives agricoles. Enfin, chacun peut aussi contribuer quotidiennement à l’orientation de l’agriculture suisse lors de ses achats et du choix des produits. Il est remarquable de noter que la part de marché du bio est toujours inférieure à 11 %, alors que près de 40 % des votants se sont exprimés en faveur des initiatives agricoles.
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